Comme elle fut belle cette journee!...  La meteo s'etait trompee, ce qui ma foi etait plutôt de bonne augure!

Nous nous etions donnes rendez-vous ce 5 novembre, ( veille d'un jour important pour moi-même), pour une nouvelle journee de chasse a l'arc a Alaincourt chez messieurs Carlier et Gobaut. Au menu: chaudrons aux lievres le matin en plaine et poussee silencieuse aux chevreuils l'apres-midi dans un biotope varie de fond de vallee de l'Oise où herbages, taillis, roseaux, cultures alternent harmonieusement.

Dix chasseurs avaient repondu presents a l'invitation et nous avions même un cameraman pour immortaliser les grands moments de cette journee. La matinee s'est deroulee dans une ambiance detendue (grâce a la clemence du temps, la terre n'etait pas trop amoureuse!) Vingt deux lievres ont ete lances, quelques uns ont ete tires mais sans succes. Realiser des chaudrons a une quinzaine s'avere difficile voire impossible tant les capucins ont la faculte de trouver le "trou".

Apres une collation reparatrice, il fallait organiser la poussee silencieuse, et la, c'etait pour nous, une premiere!

Sous un soleil automnal agreable, un a un, dans la plus grande discretion, nous avons place nos archers. La plupart au sol, pres de coulees marquees, d'autres sur des tree-stands. La chasse pouvait commencer...

            Cela fait maintenant pres de deux heures que David est perche dans son arbre. Il rêve!... Devant lui, coule une jolie petite riviere dont les "glouglou" invitent a la somnolence. Pourtant, il faut rester vigilant. Quelques chevreuils ont ete annonces par nos amis "traqueurs". Il ne le sait pas encore, mais deux d'entre eux ont ete tires sans succes par Bernard (vous savez, notre specialiste du lievre!) et par Denis. D'autres comme Frederic en ont vu courir pas mal mais sans possibilite de conclure par une fleche. Pres de lui, a une vingtaine de metres, Yves, le cameraman, effectue discretement ses prises de vue. Un peu plus loin, Christian, l'organisateur de cette journee, est dissimule pres d'un enorme roncier. Il a deja vu se derober une chevrette, et maintenant, c'est ce magnifique brocard qui, lui aussi, quelque temps apres, emprunte la même coulee. Quel idiot ce Christian!... Il est le seul a connaître le terrain et il n'a pas su se placer! Peu importe, l'echec de l' un fera peut-être le succes de l'autre, car l'animal semble longer la riviere en direction de "maître David sur son arbre perche!"...

...David ne rêve plus. En une fraction de seconde, ses sens de predateur se sont reveilles. La, a une trentaine de metres, le bel animal avance lentement vers lui. Va -t-il faire comme la femelle, traverser la riviere avant ce gue où Romain l'avait si judicieusement place, ou viendra t-il au pied de son "stand"? Les pulsations de son coeur commencent a se faire plus sonores. Il est prêt a decocher son trait meurtrier. Calmement , mais tous les sens en eveil, le brocard s'avance toujours. Il est maintenant sous David dont la tension est extrême. Completement a l'aplomb de notre chasseur, ce dernier est dans l'impossibilite de decocher sa fleche! Le brocard hesite. Il hume l'air tel un pointer de grande quête. Pour David,  Il n'y a plus rien au monde que cette scene dramatique qui est en train de se jouer entre lui et l'animal.  La riviere ne coule plus, les oiseaux se sont tus, même la Terre s'est arrêtee de tourner.

Soudain, le chevreuil prend son parti. Il avance vers ce gue qui lui a si souvent permis de se sortir d'un mauvais pas. Il est maintenant au bord de l'eau, arrête. Il s'apprête a bondir. Quelques metres au dessus de lui, lentement, notre homme a amene sa fleche a l'ancrage. Il sait qu'il n'a que quelques secondes pour decocher. L'animal bondit mais un empennage blanc fait tache sur la couleur fauve de son pelage. La fleche est partie se loger la où il fallait et deja effectue son office. Le brocard disparaît sous les frondaisons...

L'annonce du gibier fleche retentit. La fin de chasse aussi. Parmi nous, c'est l'euphorie. Deja on aperçoit les gilets fluorescents converger vers l'anschuss. David est emu. Il est inquiet aussi. Il a peur que son tir soit trop en arriere. Celui qui n'a jamais ressenti cette crainte  n'a jamais tire de grand animal avec un arc tant une mauvaise fleche peut avoir des consequences dramatiques pour ce dernier. Nous sommes obliges de freiner l'ami Hubert qui veut tout de suite aller voir. Dans le groupe, Jean-François, Aymeric, Serge, Christophe et Nicolas, les autres participants,  ont vu eux aussi des animaux mais sans possibilite de tir. Les commentaires et les congratulations vont bon train.

Hubert et "Coco" ont deja franchi le gue. La où l'animal est remonte sur la berge opposee,  une grosse tâche de sang colore les feuilles mortes. Nous arrivons tant bien que mal a retarder la recherche. Finalement, c'est au bout d'une petite demi-heure que nous entendrons Hubert exprimer les mots magiques car liberateurs: "Il est la!"...

... Le brocard  git sur son flanc a 30 metres dans le sous-bois. La fleche est parfaite suite a un tir fichant trois- quart arriere. L'animal est tres beau. C'est un mâle au trophee modeste, grand, bien perle mais sans andouillet; un "tueur" comme il est coutume de dire, un bon prelevement.  Pose du bracelet, honneurs a l'animal et photos se succedent. David met un point d'honneur a ramener "son" gibier sur l'epaule...

La suite, vous la devinez.... Elle est celle de toutes les chasses. Oui Frederic, rassure toi, avec Henri, Hubert et  leurs charmantes et devouees epouses, nous organiserons une nouvelle journee debut ou fin janvier car tu es absent au milieu du mois!!!!

Merci encore une fois a nos hôtes pour leur accueil . Je crois que la chasse a l'arc leur plaît de plus en plus. Cela,  chers amis, c'est en grande partie grâce a vous et a votre comportement irreprochable. Le monde cynegetique vous doit beaucoup!

 

 

                                                           Christian Ancelet